Régler la ventilation demandait une molette et un coup d’œil d’une demi-seconde. Dans une bonne partie des voitures vendues aujourd’hui, la même opération commence par réveiller une dalle, trouver le bon onglet, puis viser une cible tactile qui bouge avec la route. Le design intérieur des voitures modernes s’est construit autour de cet écran, et il nous a été vendu comme un progrès. Nous ne le croyons pas. Depuis 2026, Euro NCAP retire des points aux voitures qui ont fait disparaître cinq commandes de base.
Le design intérieur des voitures modernes a gagné quelque chose à l’écran unique
Une dalle remplace une trentaine de boutons, leur câblage, leurs références en magasin et le temps de montage qui va avec. Elle absorbe la radio, la climatisation, la navigation et les réglages d’aides à la conduite, dont le nombre a explosé en dix ans. Elle se met à jour à distance : une voiture livrée en 2023 peut recevoir une interface différente trois ans plus tard, ce qu’aucun bouton ne sait faire. Elle règle enfin un problème industriel bien réel, celui du même habitacle vendu sur vingt marchés. Vingt langues, une seule planche de bord.
L’argument tient debout. Les habitacles livrés, beaucoup moins.
Euro NCAP retire des points aux voitures sans boutons depuis 2026
Cinq fonctions doivent désormais disposer d’une commande physique pour qu’une voiture puisse viser cinq étoiles : les clignotants, les feux de détresse, le klaxon, les essuie-glaces et l’appel d’urgence. Rien d’obligatoire au sens légal. Le barème d’essai reste volontaire. Le calcul commercial change quand même, parce que les flottes d’entreprise achètent sur la note et qu’aucun constructeur ne lance de gaieté de cœur un modèle à quatre étoiles.
Matthew Avery, qui dirige le développement stratégique d’Euro NCAP, parle d’un « problème de toute l’industrie » et pointe le déplacement des commandes de base vers la dalle centrale. Quand un organisme d’essai en arrive à écrire ça dans son protocole, le débat n’est plus une affaire de goût.
En quatre ans, le temps passé les yeux ailleurs a augmenté
Le magazine suédois Vi Bilägare refait le même essai à intervalles réguliers : dix voitures neuves sur un aérodrome, 110 km/h, une série de manipulations banales, chauffage de siège, dégivrage, température, station de radio, luminosité. On mesure la distance parcourue pendant que le conducteur s’en occupe.
Elle est passée de 756 m en 2022 à 813 m en 2026. Deux secondes de plus, avec des écrans plus grands et des processeurs plus rapides.
Distance parcourue à 110 km/h pendant les manipulations
Essai 2026, mêmes tâches pour toutes
À titre de repère, la même série de gestes prenait dix secondes et 306 m sur un break Volvo V70 de 2005. Et ces mètres ne sont pas neutres : la Sécurité routière mesure un temps de réaction qui passe de 1,25 seconde à 2 secondes dès qu’un conducteur s’occupe d’autre chose.
Un Mazda à cinquante boutons perd contre une Tesla qui en a quatre
Le même essai enterre l’opposition commode entre le bouton et la dalle. Le Mazda CX-60, qui aligne une cinquantaine de commandes physiques et verrouille son écran en roulant, finit dernier avec 1 137 m. La Tesla Model Y, qui en compte quatre, s’en tire en 608 m. La CLA de Mercedes perd une partie de son retard au démarrage : son système met 19 secondes avant d’accepter la moindre saisie.
Le tactile n’est donc pas coupable à lui seul. La latence l’est, la profondeur des menus aussi, et surtout l’habitude d’enterrer une fonction de conduite sous deux onglets.
Les matériaux ont suivi le même chemin. Une planche de bord dessinée autour d’une surface brillante tire le noir laqué vers les contre-portes et la console, où il prend les traces de doigts, se raye au premier chiffon sec et renvoie le soleil dans les yeux. Les tissus recyclés qui reviennent sur les nouveaux habitacles vieillissent mieux que ce vernis.
Volkswagen, Hyundai et Tesla sont revenus en arrière
| Constructeur | Ce qui avait disparu | Ce qui revient |
|---|---|---|
| Volkswagen | curseurs tactiles non éclairés, volume et température | quatre boutons sous l’écran à partir de l’ID. 2all |
| Hyundai | climatisation reléguée dans les menus | panneau physique, dès l’Ioniq 5 restylé |
| Tesla | commodo de clignotant retiré de la Model 3 | commodo de série sur la Model Y 2025, kit de remise à niveau pour la Model 3 |
Andreas Mindt, patron du design de Volkswagen, a résumé l’affaire d’une phrase : la marque ne refera « plus jamais cette erreur ». Chez Hyundai, Ha Hak-soo décrit des clients « agacés » de devoir traverser un écran pour un geste pressé. Et Tesla, qui avait poussé l’épure le plus loin, remonte des commodos. Ces reculs se lisent d’abord comme un aveu commercial, pas comme une conversion à la sécurité routière.
Tout n’est pas revenu pour autant. Sur la Model 3 restylée, le sélecteur de marche avant et arrière est resté sur la dalle, avec un panneau de secours logé dans le plafonnier pour le jour où elle ne répond plus. Un constructeur qui prévoit une commande de rattrapage au plafond a déjà répondu à la question.
Là où l’écran garde raison
La cartographie plein format, les caméras périphériques, l’historique de charge et tous les réglages qu’on touche une fois par an ne gagneraient rien à redevenir des touches. Un tableau de bord de 2005 avec quarante boutons identiques au toucher n’était pas un modèle d’ergonomie non plus, et le CX-60 vient de le rappeler. Une planche de bord réussie se juge à autre chose qu’à son nombre de commandes : les cinq gestes fréquents tombent sous les doigts, le reste peut dormir dans la dalle.
La Peugeot 208 montre où ce partage se joue vraiment. La citadine a gardé sa rangée de touches piano sous l’écran, mais celle de la climatisation ouvre un menu au lieu de changer la température : le raccourci est physique, le réglage ne l’est pas. Compter les boutons d’une planche de bord en concession ne dit donc rien tant qu’on n’a pas appuyé dessus.
Un essai vaut tous les avis, et il dure trois minutes. Installez-vous, moteur tournant, et réglez la ventilation, le dégivrage arrière puis la source audio en gardant les yeux devant vous. Si vous n’y arrivez pas à l’arrêt, vous n’y arriverez pas à 130 km/h.