Le BMW Z18 est un prototype roulant construit en 1995 par BMW Technik GmbH, le laboratoire d’idées que BMW avait détaché du reste de la maison dix ans plus tôt. Un roadster surélevé, quatre roues motrices, un V8 de 355 ch, et pas de toit du tout. Il n’est jamais passé en production, et le constructeur n’a jamais annoncé qu’il y songeait.
| Construit en | 1995, par BMW Technik GmbH |
| Montré au public | en 2000, cinq ans plus tard |
| Moteur | V8 de 4,4 l, 260 kW soit 355 ch |
| Transmission | boîte manuelle à cinq rapports, quatre roues motrices |
| Longueur | 4,25 m |
| Poids | 1 560 kg |
| Configurations | deux places, quatre places, ou pick-up |
| Série | aucune |
L’idée vient de la moto. L’enduro se vendait bien, et le bureau d’études a cherché son équivalent à quatre roues : sortir du bitume à l’air libre, sans se mettre à califourchon sur un trail. D’où cette coque en plastique posée sur des profilés d’acier, dessinée comme une carène. BMW annonçait le passage de gués peu profonds. L’habitacle suit : tapis en caoutchouc, trois cadrans ronds au centre de la planche de bord, sièges baquets étanches. Rien à l’intérieur ne craint l’eau, puisque rien n’empêche l’eau d’entrer.
Deux sièges se déplient sous le pont arrière et transforment le biplace en quatre places. Le même pont se dégage en plateau de pick-up. En échange, le Z18 pèse 1 560 kg, sans capote ni coffre fermé, et rien n’y protège d’une averse.
Ce que le BMW Z18 emprunte aux BMW de série
Le V8 de 4,4 l n’a rien d’un moteur d’exposition : c’est celui que BMW installera dans le X5. Le prototype est crédité de 355 ch quand ce même V8 rend 286 ch et 440 Nm dans le X5 4.4i, avec une boîte automatique à cinq rapports là où le Z18 garde une manuelle. Le chiffre se remet à l’échelle de 1995 : le V8 de 4,9 l de la Ford Mustang GT était alors crédité de 215 ch et 386 Nm.
On lit souvent que le Z18 fut la première BMW à quatre roues motrices. C’est faux, et de dix ans. La marque en vend depuis 1985 et la Série 3 à transmission intégrale, devenue 325iX : 37 % du couple à l’avant, 63 % à l’arrière. La 525iX de 1991 y ajoute deux différentiels à gestion électronique. L’inédit tient à ce que le bureau d’études a posé sur cette transmission : une carrosserie ouverte.
Reste la silhouette. Le Z3 sort la même année, et le prototype en reprend les proportions de roadster, capot long et habitacle reculé, avant de les surélever. Les passages de roues reçoivent des garde-boue rapportés, les pneus des crampons, et l’ensemble prend quatre phares ronds.
Ce que le Z18 annonçait, et ce que personne n’a repris
1995 · le Z18 roule, le Z3 arrive en concession
1999 · le X5 est lancé, V8 et transmission intégrale
2000 · le Z18 est montré au public
Le calendrier contredit la légende du prototype visionnaire. Le X5 inaugure en 1999 le premier tout-chemin de la marque, avec 38 % du couple à l’avant et 62 % à l’arrière. Quand le Z18 sort enfin du hangar, en 2000, la voie qu’il devait ouvrir est déjà prise, et par une cinq portes fermée.
La catégorie, elle, n’était pas vide non plus. Mercedes vendait déjà le Classe G en cabriolet : capote souple, quatre roues motrices, trois blocages de différentiel, une carrière ouverte en 1979 et close en 2013 sur une série finale de 200 voitures. Le Z18 n’inventait donc pas le 4x4 découvrable. Il proposait de le traiter en roadster plutôt qu’en baroudeur, et cette nuance-là n’a convaincu personne.
Le crossover décapotable a repris l’idée, et n’a pas tenu
Trois généralistes s’y sont essayés, sous une forme plus douce.
| Modèle | Années | Ce qu’il en reste |
|---|---|---|
| Nissan Murano CrossCabriolet | 2011-2014 | retiré après quatre millésimes, sans remplaçant |
| Range Rover Evoque Cabriolet | 2016-2018 | deux ans de carrière, pas de seconde génération |
| VW T-Roc Cabriolet | depuis 2020 | seul survivant, 115 ou 150 ch, roues avant motrices |
Aucun des trois n’a tenu la promesse du Z18 : rouler ailleurs que sur une route. Le dernier arrivé, en 2020, y a même renoncé : un cabriolet de crossover privé de quatre roues motrices ne vend plus que la position de conduite. Nous rangeons donc le Z18 parmi les exercices de style, pas parmi les projets contrariés.
La filiation s’est faite ailleurs, du côté des sportives. Porsche a sorti en 2023 une 911 Dakar relevée de 50 mm, quatre roues motrices, pneus à flancs renforcés, 2 500 exemplaires numérotés. C’est l’exercice du Z18 : une voiture basse qu’on surélève pour l’emmener ailleurs. Elle garde son toit, et elle s’est vendue.
Le Koenigsegg CC, prototype de la même époque, est passé en série
Un prototype ne se juge pas sur son audace, mais sur ce qui vient après lui. Koenigsegg en donne la mesure. Son CC roule sur le circuit d’Anderstorp en 1996, un an après le Z18. Il est montré à Cannes en 1997, et la première voiture est remise à son propriétaire à Genève en 2002. Sept ans entre le prototype roulant et la livraison, pour une marque qui n’avait alors ni usine, ni réseau, ni moteur à elle. BMW avait les trois.
Du prototype, il reste le V8 et la transmission, montés dans une cinq portes fermée dont BMW a écoulé 467 995 exemplaires en sept ans.